• SOS d’un prêtre en détresse !

    eucharistieLe SOS d’un prêtre en détresse !

     

    Famille chrétienne a reçu cette « lettre d’un prêtre en train de se noyer », comme l’intitule lui-même son auteur. Il y exprime le profond malaise qui l’habite à côtoyer sans cesse l’indifférence à Jésus, sa lassitude à se donner sans retour, son profond découragement. Un véritable appel au secours auquel nous vous invitons nombreux à répondre en commentaire. Et si, pendant cet Avent, nous faisions la joie de nos prêtres à aimer le Christ, sans rien attendre en retour ?

     

    « “Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ?” (Mc 4,38).

    J’ai du mal à comprendre ce qui m’arrive. Je traverse depuis quelques semaines une période de mélancolie et de remise en cause profonde. Non pas dans mon sacerdoce, ni dans le choix que j’ai fait au Christ en lui offrant mon cœur et mon corps… Je suis prêtre et je veux rester prêtre.

     

    Je suis heureux dans ma vie de prêtre, mais je perçois autour de moi tellement de superficialité et d’indifférence que je me demande souvent ce que je fais là. A quoi bon vouloir donner à manger à des gens qui n’ont pas faim ?!

     

    Tout m’agace et m’exaspère, je n’ai plus envie de sortir, de prendre d’initiatives. Je suis dans une profonde lassitude. La moindre contrariété, si insignifiante soit-elle, m’apparaît un poids très lourd à supporter.

    Et ceux qui demandent à manger prennent le foie gras que je leur propose et mangent ça comme un vulgaire pâté premier prix, quand ils n’en jettent pas la moitié à la poubelle… C’est cette indifférence à Jésus, cette manière de s’intéresser à lui de manière si légère et convenue, de manière utilitaire, qui me révolte et me mine… “Quand j’en ai besoin, comme j’en ai besoin”. “Oui je veux bien croire, je veux bien vivre des choses, pourvu que ça m’apporte quelque chose…”

     

    “Je célèbre des baptêmes et des mariages, et je n’en retire aucune joie…”

     

    Je lisais dans la presse ce témoignage d’un prêtre : “Je célèbre des baptêmes et des mariages, et je n’en retire aucune joie…” Je ressens intensément ce vide sans joie spirituelle profonde. Ça devient grave et trop lourd à porter. J’agis bien souvent contre ma conscience, en trouvant des excuses fallacieuses à la médiocrité ambiante et aux demandes sacramentelles sans foi, autant qu’on puisse le dire.

    En pensant ainsi, en ayant ces déceptions pastorales, j’ai en plus le sentiment d’être trop exigeant et de rechercher une “Église de purs” fermée aux pécheurs et aux petits, aux gens qui se mettent en route.

    Et puis ma paroisse et ses défis : c’est enthousiasmant avec plein de défis à relever : c’est chouette et en même temps : ça me fait peur sans doute. Le chantier est tellement immense, les tâches tellement diverses. Par quel bout commencer ? Tous les plans pastoraux, toutes les initiatives missionnaires semblent si dérisoires face à une société qui broie du catho, qui discrédite le christianisme… c’est désolant. Pourtant, la graine semée germera, il faut y croire… Il faut ?

     

    Et pour qui puis-je dire que je compte vraiment ?

     

    Et quelles sont les personnes qui comptent pour moi ? Quelles sont les personnes pour qui je compte ? Et pour qui puis-je dire que je compte vraiment ? L’ingratitude à laquelle je suis souvent confronté me pèse aussi lourdement. Depuis des mois, je suis entouré au quotidien de paroissiens exigeants et parfois médisants, qui me disent compter sur moi : ces jeunes en galère qui cherchent leur avenir. Ces gens si différents de moi, tellement ancrés dans cette société de consommation, que j’en suis affligé. Gaspillage, superficialité et égoïsme semblent être leur horizon unique ou principal…  Mais je ne sens pas de considération, presque pas de sympathie profonde, si peu de communion sincère et profonde. J’ai le sentiment d’être un bon plan ”psy gratuit”. Un GPP (gentil petit prêtre) que l’on l’oublie vite quand on a plus besoin de lui… accueillant et plutôt bienveillant, pas trop chiant, quoique…

     

    Depuis peu, je n’ai plus envie de faire les tâches qui m’incombent

     

    J’ai souvent ce sentiment de solitude, pas une solitude physique ou affective, même si elle existe, mais une solitude sacerdotale beaucoup plus cruelle dans ce monde qui a mis Dieu au placard : cette solitude : le sentiment d’avoir donné sa vie au Christ pour rien… A force de donner, je me sens usé, même si je garde encore la joie de donner sans attendre de retour, je sens en moi comme une partie de moi qui s’étouffe, qui s’essouffle et qui se laisse gagner par le découragement. Depuis peu, je n’ai plus envie de faire les tâches qui m’incombent. Je remets beaucoup à demain.

     

    Parmi ces personnes, autour de moi, qui me sont parfois les plus proches, certaines ne partagent pas ma foi : je les trouve souvent tellement plus humaines que certains croyants convaincus. Ceux qui n’ont pas ce regard de foi sur mon sacerdoce, ma vie, mon humanité, ma pauvreté ont souvent des mots plus justes et plus réconfortants que ceux qui devraient comprendre et aimer mon sacerdoce, sans remettre en cause mon célibat. Et pourtant, ce sont quand même auprès de mes frères et sœurs chrétiens que je pourrais et devrais être le mieux compris dans mon sacerdoce, non ?

     

    Je ne sais plus où trop j’en suis… J’ai besoin sans doute de redonner du sens à chaque chose, à trouver en moi ou en Lui ce qui me permettra de comprendre que ce qui est plus important, ce n’est pas ce que je fais ou ne fais pas, le nombre de personnes rencontrées, mais ce que je suis, ce que j’essaie d’être pour Lui, pour eux, gratuitement, pauvrement… Et ça devient urgent de faire une mise à jour. »

     

    Un curé de campagne, encore jeune, encore prêt à se donner ici ou ailleurs.

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